Puis… nous avons déambulé au hasard des possibilités… des minces
possibilités que cette société de pavés nous octroyait…
à l’arrivée, chemin de l’Amoulette… un bois d’un ami
prêté…

C’est calme comme jardin n’est-ce pas ? spacieux…
oui.
C’est dans ce jardin qu’un matin sont arrivés en bleu les forces…
garde champêtre, gendarmerie nationale, police municipale… papiers s’il-vous-plaît !
Explications en notre bon droit pensions-nous… propriétaire de
connaissance et en accord avec notre volonté de maison à roues sur son terrain.
Mais les bleus imposent : arrêté préfectoral, municipal…
arrêté, point. 3 jours pour s’enfuir sinon amende d’une part et tribunal correctionnel par d’autres dirigés ; alors partez !
Mais nous ne voulions pas être hors-la-loi… devoir s'enfuir... Ce
n’était pas notre but… pas du tout.
… prise de conscience de la difficulté pour tant de gens du voyage
et du rêve, à exister sur cette terre de terriens sans terrain autorisé…
Camping ? fermé l’hiver, l’hiver est hors saison
Camp de gitans ? coinçés entre décharge publique et voix
ferrées déraillées... ça ce n'est pas inhumain paraît-il...
Réalité à attraper en plein cœur sans sursis… 3 jours pour fuir… 3
jours sans doute parce que nos passeports sont bien français, parce que notre peau n’est pas métissée… mais sinon, aurions-nous eu au moins trois jours ?
Cruelle, oui, elle est cruelle cette désillusion-ci, si injuste…
dehors les manouches !
et il faut avoir vécu par la suite le regard hautain de
l’assistante sociale qui vous engueule, il n’y a pas d’autres mots… parce que pendant un an pas de demande d’allocations à… pas de demande d’aide aux…
Mais madame la sociale, on ne voulait pas se faire assister par
l’état… on désirait juste vivre notre petit paisible sans les fondations de murs qui enferment…
impossible ! pas humains d’aujourd’hui dits civilisés… on ne
peut pas rêver de cette vie là ! Il faut désirer la consommation à crédit, rien d’autre !...
Nous avons été recueillis par la famille… mais si elle n’avait pas
été là, où serions-nous aujourd’hui ?
… quelques mois plus tard poser ses valises et ses caisses de
livre dans un appartement cautionné et surcautionné de façon démesurée…
Cette histoire s’est déroulée en 2006, aujourd’hui notre jolie
roulotte ne roule plus, nous allons même devoir la vendre, parce que dans cette région de soleil, vivre dehors n’est pas acceptable…
à vous raconter en quelques mots, depuis quelques jours, cette
aventure d’une année, ma gorge se serre un peu… il était si tendre notre cocon… si douillet notre nid débranché d’électricité…
aujourd’hui sous notre toit en mezzanine à la fenêtre ouverte avec
vue sur ciel du lit… nos esprits vagabondent encore et toujours…
… si nous ne pouvons rouler, nous naviguerons !
…prochaine habitation : une péniche… et que voguent nos rêves
de vie…
Vos pas sages